- 23 juillet 2026
:: BILAN ::
[ publié premièrement le 23/07 sur le réseau social Facebook ]
MERCI.



Merci pour vos souhaits d’anniversaire, au delà même du simple fait que les « rappels Facebook » jouent un rôle non négligeable dans cette cascade de petits mots que je découvre chaque année en fin de journée, le 22 juillet…
Merci, parce que cela me rappelle que, bien que je le dénigre depuis bien un an, il me reste encore un spectre de vie virtuelle par ici, même à l’état de fossile, même si ce n’est qu’un miroir déformant de ma vraie vie, il n’en reste pas moins qu’il ait été l’intermédiaire, l’intercesseur et le vecteur de bien d’événements et de rencontres qui ont, elleux, eu lieu dans cette fameuse vraie vie.
Merci, parce que si j’ai de plus en plus de griefs contre ces plateformes dites « sociales », je n’ai pas encore le cœur à dénigrer tous les messages qui m’y sont adressés, et que, si je n’ai pas le loisir de répondre à chacun personnellement, j’ai aujourd’hui enfin une bonne raison d’improviser quelques mots.
Pour celleux qui suivent d’un peu plus près mon travail, lisent un peu mes InfoLettres envoyées de manière erratiques, il était possible de comprendre (entre les lignes, ou bien au mot) que 2025 fut une année pour le moins catastrophique, et que si « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort », c’est donc que cette chose nous transforme aussi un peu…
Reste à espérer que cela soit pour le mieux.
Après plusieurs mois à prendre l’air -LOIN-, à travailler MOINS, à réfléchir au bien fondé d’habitudes si ancrées que l’on y réfléchit même plus, il s’est trouvé qu’après avoir tout mis en pièce, il y avait d’un côté des choses que je voulais reconstruire telles quelles (dessiner, créer, imprimer, éditer), d’autres à mettre en pièce définitivement (en gros toute l’espèce d’auto-marketing managérial qui vous fait passer d »artiste-auteur » à « agent commercial » au prix de votre temps de création).
Je dessine, je sérigraphie et je tente de donner une forme plastique aux personnages et autres chimères de mon univers.
Je ne suis pas vidéaste, je ne suis pas influenceuse, publier frénétiquement des contenus trendy et être active et dynamique sur tous les fronts, ça ne suscite en moi qu’une forme aigüe d’anxiété. Sans parler de la dimension « IA » à présent immiscée dans absolument TOUT, et que je trouve alarmante.
Dans ce déchaînement halluciné de futurisme décadent, les livres restent au cœur de ce qui me nourrit depuis des années, et non seulement j’en produis (en tout cas, j’essaye) mais je collectionne et dévore cet objet dont l’importance me paraît chaque jour un peu plus décisive, au point que les mots eux-mêmes se frayent peu à peu une place toujours plus grande dans mon travail tant artistique qu’éditorial.
Au point que trouvant dans ces volumes infiniment plus que ce que j’arrive péniblement à extraire de ces écrans saturés et de leurs contenus stroboscopiques, j’ai décidé de poursuivre ce parcours d’apprentissage, certes moins spectaculaire, sûrement moins monnayable, mais infiniment plus satisfaisant, en reprenant des études. Oui.
Admise en formation à distance à l’université de Paris Nanterre, j’entame une première année de Licence de Philosophie en septembre prochain. (grande joie)
Il est donc évident que j’ai bien dans l’idée de garder mes distances (et par là même mon temps précieux) d’avec les réseaux sociaux (et je finirai bien par y trouver une alternative radicale), mais comme j’ai aussi l’intention de continuer de créer en même temps que d’apprendre, il se pourrait bien que quelques images inédites surgissent par ici de temps à autre, de façon totalement imprévisible, et surtout moins fréquente.
Sur ce, je vous partage le modeste petit article paru dans le journal de ma région, en lien avec l’exposition – visible tout l’été – de mon travail au musée Micro-Folie de Saint Eloy les Mines : « MATKA » …
À tantôt !
- 02 juillet 2026
:: MATKA ::
► Exposition à Micro-Folie, galerie et musée de saint-Eloy les Mines (63)
Du 02 juil. au 29 sept. 2026Aux antipodes géographiques et culturels de la précédente monstration en territoire nippon (galerie TWELVE @Tokyo – du 30/05 au 08/06), la nouvelle exhibition restera sur ses terres, pour peut-être mieux en ébranler le terroir… et permettre ainsi de savoir si les auvergnats n’ont de rude que la caractère, ou bien les nerfs aussi.
“MATKA”, en russe, signifie “Utérus”.
Une fascination grandissante pour la culture slave et son alphabet cyrillique a occupé les heures de loisir de l’année écoulée à l’apprentissage de cette langue curieuse. Hybridation augmentée de l’alphabet latin et du grec, certains de ses 33 signes – bien que ressemblant à s’y méprendre à nos lettres familières – ne se prononcent absolument pas comme leur homologue occidentale.
Mais cela ne concerne pas les lettres M, A, T et K. MATKA se prononce comme peut le lire un Ouest-Européen.
Vient alors de suite à l’esprit le mot MATrice.
La source, l’objet de départ, l’enceinte de conception.
Mais également ce milieu chaleureux, bienveillant et protecteur : maternel, où l’on aime se réfugier pour se ressourcer, où l’on naît, et où l’on peut renaître. Comme d’infinies petites poupées russes emboîtées : les Matriochka.
MATKA, c’est l’expression d’un espace de création sans entrave, sans préjugé, sans retenue, où se régénère l’être meurtri et où grandit l’être en devenir. C’est ce lieu subjectif que chaque esprit créatif connaît, pour s’y retrouver pleinement et laisser libre cours à son besoin d’expression.
“MATKA” est une exposition qui se tiendra à la Micro-Folie de Saint-Éloy-les-Mines (63700) – espace culturel et musée numérique – un dispositif porté par la Villette (Paris) sur le territoire et à l’international. Celle-ci sera visible sur les mois de juillet, août et septembre 2026 avec un vernissage le jour du lancement : JEUDI 02 JUILLET – dès 18h00, et un atelier avec le public deux semaines après (vendredi 17 juillet – de 14h à 17h – sur réservation – à partir de 7 ans).
- 29 juin 2026
:: Après une longue absence… ::
Quelque chose comme douze mois (je n’ose pas vérifier) séparent ma dernière missive virtuelle de celle d’aujourd’hui.
Un instant, qui a pris les proportions d’un monde.
L’instant qu’il faut pour que le flot de souvenirs dont regorge une révolution terrestre envahisse la mémoire à la vitesse de la lumière.
Le monde que quatre saisons ont vu s’arrêter, osciller, se distordre dangereusement dans le déchaînement de l’espace-temps, jusqu’à retrouver brusquement un nouvel axe d’équilibre et reprendre son impassible rotation.
Cependant, l’horizon a changé et les pôles ont muté.Le Grand Internet perd la boussole, ou bien est-ce nous, qui tournons comme des girouettes ?
Où sont ses frontières ? Sommes-nous encore d’os et de chair ? Ou bien des carcasses mortelles enveloppant des bases de données ?
Suis-je déjà dépassée ?! Devenue trop lente pour cette nouveauté trop rapide,
je n’arriverais plus à m’adapter ? Obsolète. Avec en fond d’écran mental le paysage stérile d’un futur déjà périmé.Douze mois où tout semble s’être renversé, à défaut d’être tombé. En macérant des idées d’inéluctable fin, se sont ouvertes des brèches pour de possibles fuites.
En leur creux se dessinent les contours d’une altérité, et des chemins de quêtes transfigurées :• L’Imposte* avait été une valeureuse proposition mais, gourmande en temps, trop modeste en ricochets, elle réduisait à l’échantillon l’ensemble des lecteurs qui étaient déjà de l’ordre de la niche.
• Sont aussi nés durant cette période les éditions LA MAIN QUI CALE, qui, en absorbant le legs d’EpOx et BoTOx, mûrit ses aspirations et retrace ses contours.
• Ont définitivement été laissés à l’abandon (ou tout comme) les publications et leur démultiplication sur les plateformes virtuelles dites “sociales”, que l’être-humain qui les alimentait, et s’en gavait en retour, a fini par régurgiter, comme finalement écœuré après une ripaille trop sophistiquée, trop copieuse et trop grasse, n’aspirant plus qu’à l’ascèse alimentaire et aux mets minimalistes.
• Des visions en cascade de dessins inédits et de projets sérigraphiques, quand tragiquement le temps s’est contracté, léguant aux calendriers des 12 prochains siècles des journées chargées.
• Enfin, le vague songe de la reprise d’un parcours universitaire – que la récurrence finissait par rendre abstrait – s’est tout à coup matérialisé, comme un saut en parachute après avoir longtemps contemplé de haut l’attirante terre ferme. Et j’aurai le plaisir de joindre à la pratique artistique l’étude de la philosophie dès septembre 2026.
Après tous ces tremblements, restent le besoin de créer, toujours – d’écrire, plus – et de se montrer, moins.
Les fenêtres virtuelles avec vue sur mes travaux artistiques et les nouveautés éditoriales seront les sites internet respectifs audecarbone.com et lamainquicale.fr qui
profiteront de cette ré(v/s)olution pour s’étoffer (et se mettre à jour) ; les comptes épars ouverts sur les réseaux sociaux seront peu à peu clôturés (l’info passera sur les comptes concernés).Enfin, cette lettre de nouvelle, échange épistolaire 2.0 que la nostalgie de l’authentique courrier ne peut me faire totalement abandonner, semble devoir reprendre du service [en laissant de côté sa régularité métronomique] et me permettre de laisser libre cours ici à un lyrisme toujours plus volubile…
- 2 octobre 2025
:: Exposition :: « SPICILEGIUM » ::
► Au salon SCALP art-coiffure, Grenoble (38-FR) – du 25 oct. à fin janv. 2026
SCALP est un salon de coiffure à Grenoble, dont l’absence de jeu de mot douteux sur son enseigne le propulse d’entrée de jeu au rang des lieux cools, sans passer par la case du coupage de cheveux en quatre (hohoho.)
SCALP revendique une technique unique ayant déconstruit les méthodes des écoles de coiffure classiques pour proposer à sa clientèle des pratiques et une esthétique atypique, au sein d’un salon-galerie où Sid Vicious, William Gibson et Hans Ruedi Giger semblent avoir laissé quelques petits…
C’est dans cet asile cyberpunk que mes créatures poly-oculaires viendront s’exhiber à partir du 25 octobre et pour une durée de trois mois afin de triturer l’implantation capillaire de ton cuir chevelu et éplucher ta boîte crânienne.
Représentation hétérogène de ces lubies que l’on ne nomme plus, entre zoo humanoïde d’obsessions loufoques et cirque déjanté de pathologies mentales, où se côtoient anarchiquement les vices, les peurs, les rites et les leurres. Icônes déchues et troublants portraits où l’insolite s’immisce dans chaque détail et où l’humour noir s’expose en technicolor.
► « SPICILEGIUM » – Exposition
:: Vernissage sam. 25 oct. – 17h ::
:: Exposition visible 3 mois ::
Salon SCALP, 4 rue Casimir Perrier, Grenoble (38-FR)***
Pour d’autres types de nouvelles, plus aléatoires
mais cependant plus dynamiques ??! C’est par ici :
► Facebook – Aude Carbone
► Instagram @audecarbone
- 10 janvier 2025
:: DE L’ANONYMAT ::
[ publié premièrement dans l’Imposte #4 de janvier 2025 ]
Nommer rassure. Donner son nom atteste d’une identité, d’une affiliation, socialement parlant. Le déguiser ou le cacher induit une volonté d’omettre ou de taire qui nous sommes, avec l’intention prêtée d’avoir quelque chose à se reprocher… jamais celle de se protéger. La suspicion en défaveur de la bienveillance.
Comme si le nom était le sésame magique pour la pleine (re)connaissance de ce qui nous fait face.[[[ Est-ce que ce qui n’a pas de nom, peut être ? ]]]
Anonyme n’est pas pour autant impersonnel. N’être personne en particulier n’empêche pas la présence d’une personnalité.
La substance d’une lettre est plus évocatrice de son auteur-e que son autographe.Ouvrir les yeux. Tôt.
A l’extérieur, l’éclairage ne s’éveillera, lui, que dans une heure. D’abord froid et rougeâtre- l’arc électrique échaudé contamine doucement le sodium de l’ampoule – il prendra bientôt sa couleur de fauve ardent, comme une étoile mourante qui remonterait le temps, pour envahir les rues où les façades des maisons s’élèvent comme des remparts.
A l’intérieur, maintenir l’obscurité pour rester invisible. Inaperçue. Inconnue.[Le surgissement de] l’inconnu suscite toujours un trouble : une curiosité anxieuse, à cheval entre le désir et la peur. Si cette source de perturbation ne disparaît pas comme elle est apparue – ou d’une quelconque manière pourvu que ce soit rapidement – de l’environnement, naît alors le besoin de l’apprivoiser pour la connaître, ou de la dominer pour la contrôler. Quelquefois de la nier pour maintenir l’illusion de sûreté de notre cadre.
L’indifférence est rare, car elle implique une forme de confiance.La lumière est comme un appel, un signe de la main, un signe de vie.
IL est une vie qui rôde dans le noir et s’éclipse le jour venu,
fuyant ses ombres.
La lumière est son inconnue.
Il la chasse.A la notion d “inconnu” se couple la nuance ambivalente d “étranger” : quelque chose qui n’est pas familier ou ne fait pas partie des habitudes, mais également quelque chose qui relève de l’ordre du bizarre [qui ne devrait pas être là]. L’inconnu relève donc du “dérangeant” : il met en désordre en même temps qu’il met mal à l’aise, provoquant une ou des réactions. Et comme le vide semble être une source d’attraction, l’inconnu va devenir un centre d’attention.
Résister à la traque comme à une guerre psychologique.
L’imprévisibilité des assauts garde le pouls en tension.
Une oppression omineuse.
Chaque fenêtre est un œil. Un œil grand ouvert de jour comme de nuit et où se dessinent sur la rétine les spectres de l’intime. Et l’on traverse le champ de vision comme un champ de bataille, car il n’existe pas de rideau aux pensées intrusives.Les sens mis en éveil, par l’arrivée de cette chose qui bouscule un ordinaire et force malgré elle les regards, ont passé le stade de la crainte et du rejet. C’est alors que cet inconnu, faute de disparaître, attire, au point que ce qui le rejetait cherche alors à l’absorber.
Comme pour un greffon transplanté dans un corps,
le système [immunitaire] expulse ou intègre le corps étranger.Cet inconnu qui générait une insécurité suggère maintenant une issue de secours, une passerelle pour fuir un quotidien ennuyeux aux allures d’impasse, un divertissement.
Il porte des lunettes de soleil et erre à la lune, en proie à une paranoïa que son voyeurisme alimente. Il aime voir mais ne pas être vu, agit dans l’ombre et se dissout à la lumière. Lâches engrenages d’un mécanisme religieusement binaire.
Jour Nuit
Bien Mal
Oui Non
Nom.… Une bête de cirque.
L’inconnu ne passe incognito qu’au milieu des quidams.
Son paradoxe est de ne le rester qu’en compagnie d’autres qui ont le même statut, que là où l’inconnu se reconnaît, là où les anonymes se croisent, pour s’oublier instantanément.Loin de tout, lorsque l’on est vu il n’est plus possible d’aspirer à l’inaperçu. Et s’il restait encore un peu d’ombre pour y abriter sa singularité, c’est à la lumière de sa lampe torche que le chasseur-voyeur désœuvré et avide d’âmes fraîches la braconne.
Non, ça il ne le comprend pas.
Il lui faut s’introduire où il n’est pas, contrôler ce qui lui échappe, dominer ce qui lui résiste, envahir ce qui s’exile, faire sien ce qui lui manque.
Il s’introduit sans mot dire et dérobe à l’aveugle ce que le halo bleu de sa lampe torche offre à son aliénation.
…Fermer les yeux et se taire sur un acte sans nom.[[[ Ce qui est fait dans l’ombre ne peut être nommé.
Ce qui ne se sait passe sous silence
Sans conscience point d’existence ]]]Trouver une île entre foule anxiogène et huis-clos mortifère
Un asile entre psychose collective et sociopathe reclus
Un équilibre entre son anomalie et son anonymat.Il faut se faire soi-même anonyme pour entrer en communion avec ce qui est absent
Jouer avec un inconnu à double tranchant
A cheval entre le désir et la peur
Et rire.
- 12 octobre 2024
:: Exposition :: « L’HUMEUR DES FLUIDES » ::
► À la brasserie BON POISON, Metz (57-FR) – 14, 15 & 16 novembre
► À la librairie LE TIGRE, Strasbourg (67-FR) – 21 nov. 2024 > mi-janv. 2025
Oyé, oyé, braves gens ! Voici une mixture non létale, un filtre d’amour mystique : buvez à la coupe, vous serez sous le charme. Point de charlatanisme dans ce cocktail de bon goût mariant l’image au breuvage, et qui vous tiendra à l’abri du mauvais œil.
► « L’HUMEUR DES FLUIDES » – Exposition
:: Vernissage jeudi 14 novembre 2024 – 18h ::
:: Exposition visible les 14, 15 & 16 novembre 2024 ::
Bon Poison brasserie, 13A rue du XXe Corps Américain, Metz (57-FR)À l’invitation de la brasserie “Bon Poison” je réponds “L’Humeur des Fluides”. Cette exposition aura pour fil conducteur la transfiguration des liquides… et leur ingestion.
Et comme ailleurs le vin s’est fait sang, voici que la sève se fait nectar et que les encres deviennent venin. La sérigraphie se mue elle-même en peinture dès lors que l’on ne sait plus en dissocier les couleurs, lorsque celles-ci délaissent leur rôle décoratif au profit d’un discours, effacent les contours et se fondent entre elles, suggérant ainsi le volume.
Les estampes qui seront présentées, produites au cours des ces deux dernières années, ont cherché à élargir le nuancier des couleurs imprimées afin de jouer avec le spectre et faire de l’arc-en-ciel un phénomène inquiétant, en baignant leurs univers dans un psychédélisme sombre, fantastique et mystérieux.
Quand l’alcool enivre les images chavirent et le sang bout.
Griser le corps et l’esprit sans les corrompre mais pour les stimuler.
Et pour boucler le cycle des fluides et ouvrir une première vanne, “L’Humeur des Fluides” présentera en clef de voûte l’estampe “Le Repas des Grands” : peinture-sérigraphie multi-color qui s’inspire et se joue de la Cène, l’illustre repas où le rouge a taché autant qu’il a coulé. Bienvenue au banquet…
***
► « L’HUMEUR DES FLUIDES » – Exposition
:: Vernissage jeudi 21 novembre 2024 – 17h ::
:: Exposition visible du 21 nov. 2024 à mi-janv. 2025 ::
Le Tigre librairie, 36 quai des Bateliers, Strasbourg (67-FR)Les tendres relations qui me lient au Grand Est m’attirent toujours en ses villes plusieurs fois par an.
À sa clôture, l’exposition de Metz viendra donc s’établir à Strasbourg, dans le repaire du Tigre – la librairie-tanière qui accueille les éditions EpOx et BoTOx et mes propres affabulations graphiques depuis 2018 – pour une durée de deux mois. L’occasion pour celleux qui l’auront manqué là de la voir ici.
***
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- 8 septembre 2024
:: EN PRISON ::
[ publié premièrement dans l’Imposte #3 de septembre 2024 ]
L’air de course qu’avait pris les premiers mois lunaires de l’année, ont trouvé à l’équinoxe un corps rompu et un esprit déphasé. Au chaos des sens s’ensuit presque toujours le désir de comprendre les origines du maelstrom pour en saisir les remous qui l’ont provoqué…
Tentative d’épilogue à ces divagations :Le maton confortablement niché dans notre mirador intérieur, aux yeux qui surveillent, à la voix qui assène, entretenu docilement par nos soins et à nos frais est le fruit d’un conditionnement si puissant que même lorsque le phénomène est conscientisé, l’effort pour se dégager de son joug serait comparable à deux corps siamois qui tenteraient de s’arracher l’un à l’autre pour recouvrer leur individualité.
Est-ce seulement possible ?
Cette tyrannie de l’intime est-elle innée, héritée, inculquée ?
Dans une société (utopique ?) où la volonté de contrôle ne serait pas un but recherché, se trouve-t-il des individus préservés de cet inquisiteur du for(t) intérieur ?Si la bienveillance et le respect sont des pré-requis à une expérience communautaire pérenne, l’obéissance est une loi qui s’est pernicieusement insinuée dans les valeurs humaines, de façon si insidieuse qu’il semble que -à l’exception de quelques cas isolés (qui confirmeraient donc la règle ?)- il n’y ait plus besoin de dresser de tribunal, puisque le dressage est opéré à la racine et qu’il est transmis naturellement sans presque plus qu’aucune instance supérieure n’intervienne.
Les injonctions pour tendre à la conformité sont devenues peu à peu simples signaux puis règles tacites intégrées sans révolte. Entre le consentement et la cession se trouve l’insistant harcèlement.
L’espion de chair n’a plus que figure de symbole, les objets de contrôle ne sont plus qu’objets de rappel : leur substance s’est fondue en nous. Les rassurantes portes, l’obscurité de la nuit et l’intimité de l’isolement qui préservaient des regards extérieurs, transforment soudainement l’espace privé en zone d’autant plus à découvert qu’il n’y a plus matière à parasiter la surveillance intérieure.
Ainsi même lorsque l’on se tient éloigné de tous les biais sociaux en créant ses propres systèmes, en développant une autonomie, le jugement n’est plus à craindre du dehors, mais de cette part de nous dont nous avons été dépossédée et qui cherche, même dans les choses qui ne tiennent qu’à nous, à appliquer ces lois, ces codes, cette discipline et ces sentences qui ne nous appartiennent pas.Nous voici maintenant conscients de notre monstruosité. Entravé d’un soi-siamois dont on aimerait se libérer mais dont le regard et la voix rappelle à l’ordre sans cesse.
S’extraire de cet engrenage dont le bon fonctionnement s’appuie tant sur une auto-discipline que sur l’exemple à suivre donné par un groupe social et agir autrement relève d’une lutte et d’une attention constantes.
D’une lutte car cet acte entraîne le sentiment de culpabilité face à un tribunal fantôme, spectres que l’on élucubre à partir de projections propres, de peurs et de phantasmes.
Si l’enfer est bien les autres, dans l’univers tangible, il reste encore au diable un avocat.
Aussi vaste soit notre univers, les autres qui s’y trouvent ne sont que des parts de nous, tour à tour chiens de garde, juge, et bourreau, face auxquels nous restons sans défense.
D’une attention, car à cette lutte constante répond un besoin de paix de temps à autre, qui réside ici dans l’invisibilité. Et qu’il est reposant de se fondre dans une masse dont le regard ne nous met pas dans une case, dans une cellule. Que correspondre à un modèle nous assure l’agrément de tous et la mise en sourdine de notre police de la pensée. Et que ce besoin de repos tend à une glissade facile dans le corps d’un automate quand le notre nous fait défaut.… Il en va de notre intégrité et de notre essence autre, de conserver l’instinct primitif qui a animé l’enfant que nous étions -celui qui n’a pas encore connu les bâtons qui font courber les dos ou bien (re)dressent- pour qu’au juge qui s’est immiscé en nous s’oppose toujours l’élan premier, la voix authentique qui nous rappelle de rester nous-même.
- 4 juin 2024
« L’ÉVASION »
[ publié premièrement dans l’Imposte #2 de juin 2024 ]
Apprenez qu’une grande partie de ces textes destinés à ceux qui me font l’honneur de leur lecture sont écrits, non pas sous le coup de l’inspiration (plutôt du coup de sang), mais le plus souvent lors de moments de latence, comme lors de voyages en train qui ponctuent régulièrement semaines et mois. Ainsi il me faut cuisiner quelque chose avec la loterie des états d’âme du moment régulièrement houleux et tourmentés) et un contexte propre au transport en commun (la promiscuité d’une multitude inconnue, son agitation, ses énergies).
Pardonnez moi donc d’avance si de temps à autre les épices de ce plat ont le goût du souffre
ou du monoxyde de carbone.
Le fait est que dans un train, contrairement au principe de la marche, où les paysages évoluent parce que nous mettons en mouvement notre corps, et avec laquelle les idées se développent
et s’aèrent parce que nous même progressons dans un espace, ici c’est le paysage qui défile et
bouge pendant que nous restons immobiles. Par rapport à notre environnement : admettons que la
marche est active en opposition avec notre assise dans un wagon. Dans le premier cas c’est un peu comme si nous faisions rouler la Terre sous nos pieds, dans le deuxième, c’est la Terre qui nous roule…
…Et ses décors se déroulent comme la pellicule d’un film devant nos yeux de spectateurs, invitant certes à la contemplation, mais alors que la marche tendrait à pousser nos idées « vers l’extérieur »,
l’observation immobile des paysages qui se succèdent inviterait plutôt celles-ci à se développer
« vers l’intérieur », obligeant, si l’on y est sensible, à une certaine forme d’introspection.***
Et maintenant dans ce wagon il me revient en tête ce gigantesque cadran numérique, placé au-dessus du musée d’Art et d’Histoire de Genève, qui affiche un décompte avant la fin du monde.
Une oeuvre d’art : “Big Crunch Clock”. … La fin du monde ? Laquelle… ?
Ici : celle de l’astre solaire, impliquant la fin du système qui l’accompagne. Il va de soi que les planètes qui s’y trouvent seraient déjà dans un piètre état, dans l’éventualité où elles auraient elles-même survécu jusque là. Drôle de vanité et d’ironie pour l’être humain, que de se “rassurer” d’une certaine manière, et de placer la fin si loin… Et le nombre astronomique du cadran de décroître à une vitesse vertigineusement folle cependant, car paramétré en milliseconde.Nous voilà donc lancés dans la course d’un oppressant décompte vers une fin qui ne nous concerne pas. Nions encore une fois les problématiques de notre temps pour se gargariser de celles sur lesquelles nous pouvons bien projeter tout et n’importe quoi : il n’y aura pas de conséquences. La démarche artistique devrait toujours déranger et transgresser. Elle doit interroger. Si ce chronomètre-en-sens-inverse a pour lui de nous rappeler que nous sommes peu de chose, il nous dédouane aussi de toute possibilité
d’implication dans quelque chose qui se situerait à notre échelle, et serait à notre portée :
Et avant l’effondrement du soleil sur lui-même, quid de l’effondrement tout court ?
Si l’on s’est permis de lancer ce Big Crunch Clock sur un départ symbolique à -5 milliards d’années (on n’est pas à 1000 ans près…), il serait drôle (drôle ?) d’imaginer un gros sablier contenant à la louche quelques années de sable en stock, la fin de son écoulement relevant d’un aléatoire “à peu près”.
Une équa(s)tion d’actualité, à inconnues multiples, emprisonnée dans un symbole vieux comme le temps.…Mais le temps d’évoquer ces idées et le cadran affiche un autre chiffre déjà loin :
et oui, les millièmes de secondes, ça passe vite.
Alors que le futur lointain où il arrivera à “0” nous détache donc tout un chacun de la supposée fin,
sa cadence présente n’est pas sans nous rappeler la frénésie de nos existences : la fuite en avant du lapin blanc connecté, toujours en retard, toujours pressé, compressé par une mission absconse qui, si dans le roman de Lewis Carroll était encore et seulement en prise avec la trotteuse de sa montre à gousset,
est à notre heure à la merci d’une ingénierie régie par des impulsions électriques imperceptibles à l’œil nu, comme sur ce cadran qui contracte les secondes en un millième de celles-ci, et réduit par la même fraction : attention, intention et action…
Au-delà d’une certaine vitesse de calcul nos cerveaux ne sont plus en mesure d“appréhender”. Ils ne sont plus en mesure de comprendre non plus, ni lors de donner du sens, encore moins d’en trouver.***
Et voilà que le train arrive en gare et qu’il est temps… … …
- 28 mars 2024
:: « L’IMPOSTE » ::
Une « Lettre de Nouvelles » au format papier
Pour pallier aux algorithmes des réseaux sociaux toujours plus aliénants et contraignants, promouvant un peu plus chaque jour le format de la vidéo accélérée (et donc aussi des crises d’épilepsie) aux contenus légers (pseudo-DIY pour néo-éco, arts’n’crafts pour désoeuvrés, chatons dépités pour célibataires en mal d’amour, artistes dénudés bodybuildés pour galeries culturistes, et j’en passe…), je choisis le parti de ne pas me laisser noyer dans cet océan de médiocrité 2.0, et sans pour autant partir en guerre je prends quand même les armes :
Je vous propose de recevoir une version PAPIER de l’actuelle lettre de nouvelles numérique, sous la forme d’un petit journal édité à raison de 4 fois par an – sérigraphié, cela va de soi – et sur le principe d’un abonnement à 1€/mois (formule de départ) ►►►
Voici donc “L’IMPOSTE”.
“Une imposte est la partie supérieure indépendante fixe ou ouvrante d’une porte ou d’une fenêtre. Elle permet souvent de laisser passer de la lumière.”
Ce choix de nom vient de cette petite zone vitrée qui couronne la porte de mon atelier.
L’idée s’est imposée récemment de repenser le contact avec mon réseau sur un mode qui collait à mon éthique : le courrier. Le vrai, et en dur.
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► « L’IMPOSTE » ::
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- 20 février 2024
:: « ECHO » ::
Exposition à Bottle Shop bar, Paris (75011) – 6 mars > 4 avril
Dans un style un peu moins viscéral et intime que d’ordinaire, l’exposition ECHO fera lumière sur des explorations graphiques plus techniques, un travail de fond qui remplit mes fonds, mais qui n’en reste pas moins obsessionnel :
le motif, affectionné, très souvent et discrètement intégré à mes images.
Ce nouveau corpus d’expo est né de l’envie d’archivage (devenu très vite compulsif et méthodique) de l’ensemble de ces gribouilles et graphismes plus ou moins élaborés, depuis l’époque des marges des feuilles de cours d’histoire au lycée au papier millimétré pour le décor de fresques récentes : presque 20 ans de créations ornementales qui n’avaient d’autre but que d’habiller l’ennui ou les espaces laissés trop blancs…
« ECHO » : celui du graphisme qui se répète donc, comme sur les tapisseries qui se déroulent ou les tissus qui se déploient… Ici tissus et tapisseries seront “Sérigraphies”. Et comme l’écho est infini – abîme de lui-même – ces motifs sortis de l’ombre pour investir le premier plan viendront en habiller d’autres, sortis cette fois de la benne pour devenir les ombres : Macules et feuilles de passe, éléments que l’on aime à maltraiter deviendront les supports de ces décors qui aimaient se faire oublier.
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► « ECHO » – Exposition
:: Vernissage merc. 6 mars 2024 – 19h ::
:: Exposition visible du 6 mars au 4 avril ::
Bottle Shop bar, 5 rue Trousseau, 75011 Paris (FR)***
Un aperçu arbitraire et non-exhaustif mais en temps réél du contenu de l’expo ?
C’est par ici :
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► Instagram @audecarbone
- 15 novembre 2023
:: « FAUNE INTESTINE » ::
Exposition à HumuS, librairie-galerie, Lausanne (CH) – 14 déc. > 20 janv.
À l’ère de la chair, le coeur est à pendre, l’âme est à cran ;
La faune intestine exsude sa flore intestinale, depuis le derme jusqu’à la plume.
Exit les fluides par tous les pores, hérisse le poil sur tous les cuirs.
Instants nus mis à mort, dans l’arène d’instantanés mis à nu :
Cirque de peaux tannées aux plis et replis contraints,
Théâtre de papiers teints que les passes et les repasses tapissent.
Corps battus jusqu’à ce qu’ils soient tendres, carcasses que l’on apprivoise en autopsiant leur fibre,
Et dont les nerfs servent à tisser la toile.
Toiles tendues jusqu’à tout rompre, chargées d’humeurs et de sang d’encre.
[translation]
Dans les dedans secrets creusent la vermine et le génie, résident la chute et le sublime.
L’oeil perçoit cette part de l’ombre, la plume la met à vif, l’encre la cristallise.
Dans ce nouveau corp[u]s d’exposition, dont le contenu évolue –grandi– l’ancien y trouve sa place –mature– l’inédit s’en fait une –hardi. Les thématiques s’y entérinent, fouillant le corps, du dedans, du dehors, sens dessus dessous ; et projettent au cœur des synapses ces visions que la main a retraduites.[De l’extase à l’exégèse]
Retraduites dans un premier temps en noir [et blanc], contraste animé par une source de lumière que chaque nouvelle image précise un peu plus, pour mieux définir le volume, pour mieux effacer le contour ; et que la couleur -vive et légion- exacerbe, dans un second temps.
Ainsi chaque vision prenant d’abord corps sous forme de dessin, de peinture, de photo : d’original, se transforme en estampe : en multiple, par le prisme d’une nouvelle interprétation et au prix d’un nouveau travail.
Au fil des monstrations, les modes d’expressions se diversifient, ajoutant au dessin premier la création de volumes et sculptures, l’intégration du corps, et à l’impression initiale en sérigraphie, la gravure et le cyanotype.
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► « FAUNE INTESTINE » – Exposition
:: Vernissage jeudi 14 déc. 2023 – 17h30 ::
:: Exposition visible du 14 déc. au 20 janv. ::
HumuS, Rue des Terreaux 18 bis, 1003 Lausanne, Suisse***
Pour un aperçu échantillonné des productions qui seront présentées lors de l’exposition, et des avancées sur celles-ci, vous êtes invités à suivre mon actualité sur les réseaux sociaux (liens ci-dessous). Le site sera mis à jour au fur et à mesure d’ici décembre.
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- 1er juin 2023
:: VIOLET SONGE ::
Édition de l’ouvrage collectif #7 – EpOx et BoTOx ed.
Doux comme un cauchemar, le violent Violet Songe vole les rêves et voile la vue des impies !!!
Couleur ésotérique, thème mystique : Violet Songe est un grimoire insolite renfermant moult formules magiques enluminées…
…Enchantements pour les lecteurs avides, Mauvais Sorts pour les autres : Trick or Treat !
Les adeptes et les curieux seront bénis ; ouvrez la boîte de Pandore… :
La collection Spectrôm qu’ouvrait en 2017 le volume Rouge Bruit est un projet au long cours qui a rythmé les publications d’EpOx et BoTOx pendant 7 ans. Violet Songe -chapitre qui clôt l’anthologie- ne pouvait pas arriver au meilleur moment : fin d’une “première partie” pour la maison d’édition E&B [dont je mets en pause la production (mais pas la diffusion) afin de laisser libre cours à mes pulsions artistiques] qui se retrouve être aussi le “projet d’ouverture” du nouvel atelier en Auvergne.
Cette collection d’ouvrages collectifs était destinée depuis le début à laisser place aux amis-dessinateurs, aux heureuses découvertes graphiques, aux rencontres artistiques de l’année écoulée, me contentant d’habiller les intérieurs de couverture de chaque numéro de cette forme graphique devenue récurrente dans mes travaux : le MOTIF.
C’est très symboliquement que je me suis résolue cette année, pour le volume final, à illustrer la couverture : une dernière contribution graphique -jusqu’à reprise de l’activité- à cette maison d’édition qui, comme toute bonne progéniture, a plus souvent mené la barque que je ne l’ai mené en bateau : me retrouvant tantôt son pantin, tantôt dans des états seconds… Violet Songe appelait donc cette illustration :
► L’ouvrage « Violet Songe » est disponible en ligne
sur la boutique des éditions EpOx et BoTOx
Livre entièrement sérigraphié, 36 pages, 15x20cm
Dos carré cousu collé – reliure faite main
Pages intérieures PopSet ivoire 170gr
Couverture Fedrigoni Sirio Vino 290gr
Impressions en bichromie – 200 copies numérotées
► VIOLET SONGE – Sortie Officielle / Book Release
:: Lancement – Jeudi 15 juin 2023 – 17h/20h ::
:: Expo éclair du 15 au 18 juin inclus ::
Sterput, rue de Laeken, 122, 1000 Bruxelles (BE)
► Lire l’article sur EpOxetBoTOx.com
- 15 avril 2023
:: Résidence artistique 2023 ::
Lycée Albert Londres – Vichy – 20 février / 31 mars 2023
Ci-gît le compte rendu de ma toute récente résidence d’une durée de six semaines, qui s’est tenue au Lycée Albert Londres à Cusset, à l’entrée de Vichy. J’interviens dans cet établissement depuis 5 ans aux côtés de professeur d’Arts Plastique sur le temps d’une journée, et l’opportunité d’un temps d’étude bien plus long pour mes travaux personnels s’est ouverte cette année.
J’arrivais donc le 20 février, les mains saccagées par l’âpreté des cartons de mon récent déménagement, le ciment, les enduits et autres après variés dont regorge une maison à retaper du début du XX° siècle, le froid de l’Auvergne et l’eau glacée ; j’en suis repartie cette même peau creusée par les colles, les résines, les peintures, le papier mâché et le plâtre.
Entre les deux : une série de chantiers graphiques et plastiques lancés de front, élaborés face à la baie vitrée d’une chambre au 3ème étage d’un internat, ouvrant la vue sur les bâtiments aux allures d’usine du complexe écolier. Et derrière eux, la forêt. Cet ensemble chapeauté d’un indévissable casque gris-blanc -parure immanente à l’Auvergne du nord- vaguement modulé au fil des heures qui passent.…Et elles sont passées vite. Fermement décidée à me tenir à un planning de travail rigoureux, j’ai mis à profit autant que faire se peut (dans la mesure où il m’a fallu malgré moi m’occuper à certains moments des impondérables de la vie en général), et jusqu’à la dernière goutte, chaque instant de cet résidence à l’avancée d’un projet de fond -disons viscéral- qui me taraude depuis des années, et que l’ensemble de mes (autres) occupations ne me laissent aborder que sporadiquement, à peine plus plus intensément à l’occasion d’expositions.
« CÉPHALÉE » : sculpture module « enfilable », hauteur 80cm, papier mâché et techniques mixtes
Entre cosplay de fête foraine et parodie de seconde peau, l’ego se déguise.
– Historique –
Ce projet [d’une vie ?] (plus j’y passe du temps, plus je réalise son étendue) développe l’univers dans lequel évoluent ces personnages polyophtalmiques qui hantent mes productions, et regroupe à peu près l’intégralité de ces dessins et mises en scène déjà réalisé-e-s (les premiers datent de 2016) jusqu’ici de façon quelque peu anarchique.
Ces pièces, traductions en image de prises de note fugaces, de croquis sur le vif, d’ébauches de textes, de descriptions de rêves ou de visions écrites à la hâte pour rester le plus fidèle au résidu de persistence mémorielle, ont révélé un fil conducteur -au tout début superficiel- entre chacune, une première fois en 2018 : alors que je rassemblais justement ces notes (bouts de papiers bâtards, chutes déchirées ou encore post-it) dans le cadre d’une exposition.
Réalisant que toutes ces productions décelaient des thématiques communes, des sujets obsessifs, une expression répétée de névroses, je me suis mise à passer au tamis l’intégralité de mes archives graphiques et textuelles pour retrouver l’ensemble exhaustif de ces notes, dont les premières remontent à 2013.
Il m’aura fallu 3 ans pour trouver le temps de compiler selon un classement très précis, presque maladif *et répondant à ma seule logique* cette documentation, et créer ainsi une forme de CODEX, devenu une base de travail depuis 2021.
L’ensemble du projet, avec le Codex, a été baptisé Cafard Exquis. Il regroupe ainsi une collection de travaux en instance, de fenêtres à ouvrir graphiquement, ou plastiquement, sur des flashs, des souvenirs, des émotions, des impressions, des traumas -d’événements passés ou projetés- et de scènes à mettre en lumière après avoir fait passer le faisceau de photons à travers le prisme de la métaphore et du symbole, afin que le témoignage particulier devienne l’expérience générale.
« GUTTURAL » : linogravure, format A5 – étapes –
« Tout corps exposé à uns substance acide se disloque. »
« LE 6ÈME OEIL » : dessin format A3 – sorte de tryptique vertical évolutif…
– Temporalité –
Consciente que six semaines n’allaient pas venir à bout de cette entreprise, j’avais au préalable divisé Cafard Exquis en quatre parties (quatre « tomes ») rassemblant chacun environ quatre chapitres des multiples qui composent l’anthologie. Chaque chapitre composé lui-même de quatre à cinq scènes graphiques et … de volumes. (Comprenez modules ou sculptures).
Cette résidence était donc également l’occasion bienvenue (rêvée !) de développer l’envie -qui n’en était encore qu’à cette étape- de productions de « sculptures » : sortes de mannequins, mais pas que, qui donneraient forme réelle aux personnages et sujets hantant ces scènes, et renforceraient l’esprit de l’univers déployé par une véritable présence dans l’espace des êtres qui l’habitent sur le plan.
Six courtes semaines – même optimisées comme rarement – ont réussi à extraire des nues : (mais restent encore toutes en cours de création)
– deux pièces en volume « Céphalée » et « Dérodyme »,
– trois illustrations au format carré : « Prémonition », A3 : « Le 6ème Oeil » et A2 : « Triple Gêne »,
– deux linogravures format A5 « Guttural » et « Errance »,
ainsi que certains des textes qui les accompagnent, et les croquis des autres scènes qui composent ce premier chapitre.
Ce premier chapitre a pour titre EXCORPORATION, et comptera en tout une douzaine de scènes (illustrations) – cinq ayant déjà été réalisées par le passé – et trois pièces en volume.
« TRIPLE GÊNE » : dessin format A2, qui ondule et dégouline. – détails –
– Issue In Situ –
Pour la première fois, j’avais la possibilité d’une apnée de longue durée pour plonger et suivre la corde-main-courante qui sinue descendante dans les anfractuosités d’une réflexion arborescente autour d’une thématique construite et homogène.
Ainsi concentrée sur un seul sujet d’étude pendant un temps suffisamment long, le corps et l’esprit, une fois accoutumés à leur nouveau milieu, ne sont plus sensibles à leur environnement et s’effacent au bénéfice d’un nouvel état, à la manière des expériences d’Edward Jessup (cf. Altered States – Ken Russel).
C’est dans le flottement de cet état altéré, mais aussi dans les vapeurs olfactives de colles, de vernis, d’os disqués et de café que je me suis retrouvée projetée, afin de poser les premières vraies structures de Cafard Exquis et plus particulièrement son premier volet Excorporation.
« DÉRODYME » : sculpture, hauteur 80cm, techniques mixtes et bâtardes
– sculpture bicéphale au long cours, les deux têtes séparées et à l’état brut attendaient leur union depuis 2017 –
« PRÉMONITIONS » : dessin 35x35cm – le volant moteur.



