{"id":26963,"date":"2026-09-28T13:34:15","date_gmt":"2026-09-28T11:34:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.audecarbone.com\/boutique\/?p=26963"},"modified":"2026-10-12T14:42:08","modified_gmt":"2026-10-12T12:42:08","slug":"28-septembre-2026-au-commencement-la-chute","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.audecarbone.com\/boutique\/28-septembre-2026-au-commencement-la-chute\/","title":{"rendered":"28 septembre 2026"},"content":{"rendered":"\n<h2 style=\"font-size: 24px; color: #a69977; font-weight: 700; margin-bottom: 25px; margin-top: 20px; font-family: Georgia, Times, Times New Roman, serif;\">:: Au commencement : La Chute ::<\/h2>\n\n\n\n<p><em>Il me semble \u00eatre d\u00e9j\u00e0 revenue, dans une de mes introduction pass\u00e9e, sur cette question anodine &#8211; et pourtant troublante quand on y r\u00e9fl\u00e9chit bien &#8211; que l\u2019on me pose r\u00e9guli\u00e8rement (si ce n\u2019est souvent), et qui est : <\/em><strong><em>\u201cEst-ce que vous vivez de votre travail ?\u201d<\/em><\/strong><br><em>J\u2019avais pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9lud\u00e9 le probl\u00e8me fondamental que cette question posait en trouvant une solution (et donc une r\u00e9ponse) qui prenait \u00e0 rebours le poseur de question curieux et frivole.\u00a0<\/em><br><em>Frivole parce cette question est presque devenu un lieu commun -un automatisme- dans les rencontres entre des personnes qui ont engag\u00e9 leur vie dans quelque chose qui est<\/em> <strong><em>plus <\/em><\/strong><em>qu\u2019une simple activit\u00e9 ou un travail, mais un mode de vie, une mani\u00e8re de pens\u00e9e (nous dirons \u201cune religion intime\u201d), et les autres &#8211; ces derniers, toujours un peu perplexes devant l\u2019intangibilit\u00e9 pratique de la vie adopt\u00e9e par -en l&rsquo;occurrence- l\u2019artiste.\u00a0<\/em><br><em>Et cette r\u00e9ponse \u00e9tait simplement : <\/em><strong><em>\u201cApparemment, je n\u2019en suis pas encore morte !\u201d<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Inutile de pr\u00e9ciser que dans les occasions de \u201csorties mondaines\u201d et de \u201cmonstration\u201d, qui ne repr\u00e9sentent m\u00eame pas 5% (en \u00e9tant optimiste) de la <\/em><strong>vie <\/strong><em>d\u2019un.e individu.e qui consacre celle-ci \u00e0 sa \u201creligion intime\u201d, il s\u2019agit de r\u00e9duire avec un quotient identique l\u2019expression de ses raisons d\u2019agir ainsi que de sa pens\u00e9e profonde, afin de r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratif social du \u2018rapide et efficace\u2019, tout en surfant sur la tendance actuelle qui m\u00eale l\u2019impertinence au tac-au-tac.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Mais peut-\u00eatre puis-je m\u2019offrir ici la possibilit\u00e9 (bien que restreinte, si j\u2019esp\u00e8re ne pas vous perdre avant la fin de cette infolettre) de d\u00e9velopper un peu plus ce que je pense \u00eatre vraiment cach\u00e9 derri\u00e8re, ou plut\u00f4t \u201cau-del\u00e0\u201d, de cette question. Nous passerons sur le point de vue du curieux, qui rel\u00e8ve d\u2019opinions et de croyances aussi diverses que vastes, car j\u2019aimerais surtout pouvoir enfin r\u00e9pondre sans filtre \u00e0 sa question :\u00a0<\/em><br><em>Non, je ne vis pas de mon travail : <\/em><strong>Je vis mon travail.<\/strong><em>\u00a0<\/em><br><em>Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que je vis mon travail, que je ne peux pas <span style=\"text-decoration: underline;\">en<\/span> vivre. Pour vivre de quelque chose, il faut que cette chose se situe hors de soi : qu\u2019elle soit un objet, un produit, auquel on puisse donner une valeur <\/em>objective<em>. Or l\u2019essence de l\u2019authentique cr\u00e9ativit\u00e9 est en soi, subjective, non monnayable (et de toute mani\u00e8re inestimable). Les \u0153uvres r\u00e9alis\u00e9es par l\u2019artiste sont une extension -une excroissance- de sa personnalit\u00e9, qui s\u2019ext\u00e9riorise sous la pression d\u2019un besoin (plus encore que d\u2019un d\u00e9sir) imp\u00e9rieux : comme celui d\u2019un cri de soulagement.\u00a0<\/em><br><em>A quel moment, dites-moi, cette d\u00e9finition peut co\u00efncider avec un argument de vente ?!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u201cMais ! &#8211; allez-vous me r\u00e9pondre &#8211; quid des \u0153uvres que vous mettez \u00e0 la vente ?\u201d<\/em><br><em>Et bien, figurez-vous que malgr\u00e9 toute l\u2019\u00e9nergie que nous mettons \u00e0 nous extraire de la soci\u00e9t\u00e9 pour aller chercher au plus profond de nous cette force qui nous anime, nous ne pouvons compl\u00e8tement nier (si l\u2019on consid\u00e8re l\u2019\u0153uvre cr\u00e9\u00e9e comme un acte de prise de parole) que <\/em>la dite parole <em>n\u2019a de sens que quand elle est re\u00e7ue, per\u00e7ue, entendue. <\/em>L\u2019expression est un appel indirect \u00e0 l\u2019\u00e9coute.<em>\u00a0<\/em><br><em>Or, ce que nous (d\u00e9)livrons au public se pose comme autant de monolithes (ou \u2018paroles in\u00e9branlables\u2019) car une fois l&rsquo;\u0153uvre expos\u00e9e, l\u2019action qui leur a donn\u00e9 vie est maintenant termin\u00e9e. Reste une chose fig\u00e9e dans le temps, qui vous parle, ou qui ne vous parle pas, mais sur laquelle vous n\u2019avez rien eu \u00e0 dire et vous ne pouvez plus rien dire, pour la changer.\u00a0<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ceci est perturbant pour vous, et c\u2019est pourtant la corde tendue sur laquelle nous faisons des allers-retours comme des funambules afin de \u201cfaire le pont\u201d entre notre marge (\u2018marge\u2019 qui n\u2019existe en tant que telle qu\u2019\u00e0 la condition qu\u2019il y ait un \u2018centre\u2019) et le lieu de rencontre (le \u201cforum\u201d : la place du march\u00e9). Et c\u2019est donc aussi la \u201ccontrainte\u201d avec laquelle il nous faut <\/em><strong>marchander.\u00a0<\/strong><br><em>Je suis donc en train de vous dire que l\u2019artiste arrive en place public, avec, comme seul <\/em>objet \u00e0 vendre, <em>une forme d\u2019excroissance de sa propre personne. Pas \u00e9tonnant que les vieux th\u00e8mes \u00e9mouss\u00e9s du freak-show et du bal des excentriques reviennent encore et toujours d\u00e9finir l\u2019univers non seulement des artistes, mais de tous ceux qui ont sinc\u00e8rement choisi un mode de vie loin du centre n\u00e9vralgique des activit\u00e9s humaines.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Et j\u2019utilise le mot \u201cmarchander\u201d, car nous sommes bel et bien dans un syst\u00e8me \u00e9conomique dans lequel il n\u2019y a pas de place laiss\u00e9e \u00e0 une quelconque vie qui aurait un but sup\u00e9rieur \u00e0 celui de \u2018produire des biens de consommation afin d\u2019acqu\u00e9rir d\u2019autres biens de consommations\u2019 (par ailleurs tous p\u00e9rissables). Et tout ce qu\u2019il nous reste, c\u2019est d\u2019offrir en sacrifice au centre de l\u2019ar\u00e8ne des \u0153uvres qui tendent \u00e0 \u00eatre intemporelles mais qui, par cette transition, prennent imm\u00e9diatement l\u2019apparence de productions vaines et superflues (n\u2019entend\u00e9-je pas souvent que l\u2019art est \u201cinutile\u201d ? c\u2019est parce qu\u2019il est une fin en soi, et non pas un moyen). Le mieux que nous puissions esp\u00e9rer, c\u2019est de rencontrer des individus qui auront une sensibilit\u00e9 assez fine pour <\/em>capter<em> l\u2019essence que nous avons instiller dans l&rsquo;\u0153uvre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Malheureusement bien souvent, il nous faut sacrifier une part de ce qui revient au besoin vital (ce qui nous anime) \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 (ce qui nous fait vivre &#8211; plus trivialement : ce qui remplit notre frigo) et ainsi ne plus tout \u00e0 fait (ou plus du tout) livrer en place public une \u2018extension de notre \u00eatre\u2019, mais un \u2018auxiliaire \u00e0 la vie de l\u2019autre\u2019, c\u2019est \u00e0 dire au lieu d\u2019une \u0153uvre d\u2019art : un produit de consommation.<\/em><br><em>Et <\/em><strong><em>l\u00e0 <\/em><\/strong><em>commence la chute de l\u2019artiste.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>:: Au commencement : La Chute :: Il me semble \u00eatre d\u00e9j\u00e0 revenue, dans une de mes introduction pass\u00e9e, sur cette question anodine &#8211; et pourtant troublante quand on y &#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[429],"tags":[],"class_list":["post-26963","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-humeurs"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.audecarbone.com\/boutique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26963","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.audecarbone.com\/boutique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.audecarbone.com\/boutique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.audecarbone.com\/boutique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.audecarbone.com\/boutique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=26963"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.audecarbone.com\/boutique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26963\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":26968,"href":"https:\/\/www.audecarbone.com\/boutique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26963\/revisions\/26968"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.audecarbone.com\/boutique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=26963"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.audecarbone.com\/boutique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=26963"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.audecarbone.com\/boutique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=26963"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}